Né à Séoul le 20 juillet 1932, l'artiste coréen Nam June Paik débarque en Europe en 1956, proclamant : « Yellow peril, c'est moi ! » Comme il le fera toute sa vie, il mêle plusieurs langues en un sabir digne du Joyce de Finnegans Wake, dont il est un disciple à travers le joycien John Cage, son véritable maître. Au moment où il lance ce cri de guerre, Paik ignore encore qu'il va inventer une des rares formes d'expression radicalement nouvelles du xxe siècle : l'art vidéo.
1. Invention de la télévision abstraite
Paik se veut et se croit musicien d'avant-garde. Ayant étudié le piano en Corée et soutenu une thèse sur Schönberg à Tōkyō (1956), il vient à Munich travailler auprès de Stockhausen la musique électroacoustique. C'est alors qu'il rejoint Fluxus – un groupe d'artistes qui se réclame de Dada pour mieux réagir aux ruines morales laissées par la Seconde Guerre mondiale. La première composition fluxiste de Paik, la Sonate no 1 pour violon solo, consiste à briser sur un pupitre un violon, devant l'auditoire. Sa seconde œuvre remarquable, dans le même désordre d'idées, se présente, en mars 1963 à la Galerie Parnass de Wuppertal, comme un orchestre de treize téléviseurs déréglés. Au lieu de diffuser des images, ils exhibent des zébrures, provoquées par l'injection d'une fréquence sonore dans leur tube cathodique. « J'ai inventé la télévision abstraite », déclare fièrement celui que l'on n'allait bientôt plus nommer que « le pape de l'art vidéo ».
En 1964, Nam June Paik part pour New York, afin d'être plus près du cœur de Fluxus, qu'incarne le Lituanien George Maciunas (1931-1978). Ayant entre-temps abandonné la musique (non sans s'être autoproclamé « le plus mauvais pianiste du monde »), Paik invente au Japon, avec l'ingénieur Shuya Abe, un des premiers synthétiseurs vidéo (1969-1970). Avec cet instrument, il colorie et déforme les images des caméras, les modifiant parfois en les soumettant aux paramètres des sons. Commence alors pour lui une carrière de défricheur de formes électr […]
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