2. Un bricoleur de génie
Paik manigance des sculptures associant un téléviseur et un objet (T.V. Chair, 1968) ou une statue (T.V. Buddha, 1974, ou T.V. Rodin, 1978 – Le Penseur contemplant son image dans un téléviseur). Ses sculptures vidéo, au fur et à mesure qu'augmente sa célébrité, seront peuplées d'un nombre croissant d'écrans : 384 dans Tricolor Vidéo, pour le Centre Georges-Pompidou, en 1982 ; 1 003 pour la tour-média Tadaikson (The More The Better) au musée d'Art moderne de Séoul, à l'occasion des jeux Olympiques de 1988 qui met en question la médiatisation du monde. Paik est aussi l'auteur, à partir de 1986, d'une ribambelle de statues de l'homme de Cro-Magnon, de Benjamin Franklin, Samuel Morse ou Jean-Jacques Rousseau, faites de téléviseurs assemblés en forme de robots, ou de totems cybernétiques, que s'arrachent collectionneurs et musées.
L'artiste s'est fait connaître par son goût de la provocation humoristique : le 9 février 1967 à New York, son Sextronic Opera est interrompu par la police pour indécence, sous prétexte que son interprète, Charlotte Moorman, joue du violoncelle nue (elle a pourtant gardé son slip et son soutien-gorge). Paik prétend opérer une révolution : introduire le nu dans la musique.
C'est encore la musique qui lui fournit la matière de sa première émission de télévision, Global Groove (1974), sorte de zapping avant la lettre entre diverses stations imaginaires alternant rock, musique d'avant-garde (Cage), musique classique, musique ethnique (coréenne, navajo, africaine), mais aussi poésie sonore (Ginsberg) et publicités.
Plus encore qu'un subtil créateur de dispositifs plastiques, Paik s'est voulu le prophète du mélange mondial de toutes les formes, sous l'égide de la télévision. À l'ère du direct, toutes les cultures voisinent. Le rôle d'un artiste est de précipiter leurs rencontres, de faire entendre leurs accords imprévus. Paik en fait la démonstration éclatante à travers ses trois derniers chefs-d'œuvre, des émissions de satellite art connectant divers pays en direct : Good Morning, Mr. Orwell (depuis le Centre Georges-Pompidou à Paris, le 1 […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



