2. Un cas particulier : la Mauritanie
En Mauritanie, la musique est pratiquée avant tout par des professionnels qui forment à eux seuls une catégorie particulière, une caste de la société maure. Ces musiciens professionnels, qu'on appelle communément des « griots », se transmettent oralement, d'une génération à l'autre, les techniques du métier (notamment celles du jeu instrumental), les règles et les nuances d'un art qui s'appuie sur une théorie musicale fort complexe.
Outre les musiques des populations noires, riveraines du fleuve Sénégal, et celles que pratiquent les Mauritaniens de basse condition, il existe certes une musique maure, non professionnelle, jouée ou chantée par des gens qui ne sont pas griots. Le peu de choses que l'on sait sur cette musique semble indiquer qu'elle n'est guère prisée par la haute société et qu'en tout cas elle ne joue à présent qu'un rôle secondaire dans la vie musicale maure. On se limitera donc ici à la musique « classique », celle que les Maures considèrent eux-mêmes comme le véritable art musical du pays.
La poésie est, avec la musique, l'art le plus développé et le plus apprécié en Mauritanie. Bien que musique et poésie soient souvent intimement liées (il existe des correspondances précises entre la métrique ou le style de certains poèmes et les rythmes ou les « modes » musicaux), elles n'appartiennent pas à un même domaine.
En effet, tout Maure de bonne condition, quelle que soit la caste dont il fait partie (marabout, guerrier, etc.), apprend par cœur des poèmes en arabe littéraire ou en hassania (arabe de Mauritanie). Certains composent et écrivent eux-mêmes des poèmes de caractère religieux ou profane, qu'ils récitent à l'occasion de ces fameuses réunions entre amis, sous la tente. Les poètes les plus réputés se rencontrent d'ailleurs plus souvent chez les non-griots.
Il n'en est pas de même pour la musique. Si la plupart des Maures l'apprécient tout autant et parfois plus que la poésie, seuls les griots en jouent et en connaissen […]
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