Grand historien français du cinéma, Jean Mitry a accompli une œuvre immense, et qui témoigne d’un itinéraire exemplaire. Délaissant des études universitaires brillantes axées sur la philosophie des sciences, il se passionne dès le début des années 1920 pour l'avènement de ce que Canudo, Delluc, Epstein et quelques autres considéraient comme un nouvel art : le cinéma. Animé d'une véritable boulimie d'images, il visionne un nombre incalculable de films (« plus de 20 000 », dira-t-il en 1975), entreprend la rédaction de fiches, anime avec fougue les premiers ciné-clubs, publie des articles, des reportages, se fait engager comme assistant-réalisateur de Marcel L'Herbier et, en 1929, tourne avec son ami Pierre Chenal un documentaire : Paris Cinéma. En 1936, il est au côté d'Henri Langlois et de Georges Franju lors de la fondation de la Cinémathèque française. À partir de 1949, il se consacre au court métrage d'art, cherchant des équivalences visuelles aux rythmes musicaux : Pacific 231 (d'après Honegger), Images pour Debussy, Symphonie mécanique (d'après Boulez) renouent brillamment avec la tradition avant-gardiste d'un Ruttmann ou d'un Fischinger. En 1959, il s'essaie au long métrage de fiction : son adaptation d'un bon « polar » de Léo Malet, Énigme aux Folies-Bergères, se solde par un échec, imputable à de médiocres conditions de tournage.
Mais c'est surtout comme historien et théoricien que Jean Mitry va s'imposer dans les années 1950 et 1960. Par la rédaction de monographies consacrées aux maîtres de l'écran, tout d'abord : ses essais sur John Ford, Eisenstein, René Clair, « Charlot et la fabulation chaplinesque » (titres phares de la collection qu'il lance aux Éditions universitaires), puis Griffith, Thomas Ince, Cecil B. De Mille, Tourneur, Delluc, Max Linder (pour l'Anthologie du cinéma), sont des modèles de biographies analytiques, nourries d'une documentation de première main. Vient ensuite une Esthétique et psychologie du cinéma (1963), à mi-chemin de Bergson et du structuralisme, où il […]
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