Né à Paris dans une famille de la bourgeoisie aisée, Marcel L'Herbier, dont le père était architecte, fut élevé selon la plus classique tradition humaniste. Il fit de bonnes études supérieures, s'intéressant surtout à la littérature (singulièrement à la poésie) et aux beaux-arts (singulièrement à la musique). Deux facteurs sont à l'origine de sa vocation de cinéaste : l'émotion qu'il éprouve en 1915 devant le film de Cecil B. De Mille, Forfaiture (dont il tournera une version personnelle en 1937), et un accident militaire. Au début de la guerre, en 1914, il est réformé. Il s'engage deux ans plus tard dans le service auxiliaire et se retrouve au Service cinématographique de l'armée, de création récente.
Il écrit des poèmes, des essais (Le Jardin des secrets), des articles pour les journaux (L'Illustration, Paris-Journal), mais aussi deux scénarios : Le Torrent et Bouclette que réalise Louis Mercanton.
Engagé par Léon Gaumont, il réalise, après un court métrage « artistique » inachevé (Phantasmes, 1918), un curieux mélodrame intitulé Rose France (1919). C'est le début d'une carrière prolixe et inégale qui s'inscrit d'abord dans un mouvement intellectuel et esthétique d'essence formaliste que l'on nommera « impressionnisme visuel ». Aux côtés de Marcel L'Herbier, des amis tels que Jean Epstein, Germaine Dulac, Louis Delluc font chorus. À tort ou à raison, ce petit groupe d'esthètes exigeants se réclame de l'avant-garde. Marcel L'Herbier invente la notion de flou artistique et rameute des représentants d'autres disciplines (musique, architecture) afin d'élaborer un art total.
Conséquence de ces spéculations théoriques, Eldorado, réalisé en 1921, consacre les ambitions esthétiques de Marcel L'Herbier. Il s'agit d'un mélodrame poétique dont le style baroque peut justifier des réactions extrêmes : excès d'honneur et d'indignité. Fort de cette expérience, Marcel L'Herbier fonde sa propre société de production, Cinegraphic, qui fonctionnera de 1923 à 1928. Il aide ainsi quelques-uns de ses amis à réaliser leurs films, notamment Louis Delluc et Jaque-Catelain, son acteur fétiche, et se donne à lui-même l […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



