2. Le savant aux intuitions lumineuses
À Marbourg, Lomonossov avait suivi l'enseignement de Wolff, le philosophe allemand le plus renommé entre Leibniz et Kant. Il en retira le goût d'un savoir à la fois encyclopédique et ordonné, et se montra fidèle à la véritable pensée leibnizienne en écartant les prétentions des purs empiristes : « Ceux qui prétendent tirer la vérité de l'expérience sensible ne ramènent rien d'autre que des sensations particulières, et doivent le plus souvent s'en tenir là... » Dans tous les domaines, Lomonossov a cherché à dénombrer, à mesurer, à substituer le quantitatif au qualitatif, la loi mathématique à la confusion des phénomènes. Ses Éléments de chimie mathématique (Elementy matematičeskoj khimii, 1741) proposent une théorie moléculaire de la matière fort en avance sur son temps. Dans une lettre fameuse à Euler, du 5 juillet 1748, il lui confie sa conviction du rôle joué par l'air dans la combustion du métal, et précise son hostilité à la doctrine régnante du phlogistique dans son Discours sur l'utilité de la chimie (Slovo o pol'ze khimii), prononcé à l'Académie le 6 septembre 1751. Il définit bientôt la chimie physique comme une science « qui explique, par les données théoriques et pratiques de la physique, ce qui se passe dans le domaine chimique des corps composés ». Lorsque I. I. Chouvalov obtint en 1755 l'ouverture de l'université de Moscou, les sciences y dominèrent, sur les conseils de Lomonossov. En physique proprement dite, Lomonossov s'intéressa à la mécanique des solides et des fluides – dans la même lettre à Euler, il formule à partir d'un principe cartésien une loi de conservation de la matière et du mouvement, dont il tira le meilleur parti en chimie – et s'efforça par d'ingénieuses expériences de laboratoire de mettre un peu d'ordre dans la notion très vague de « fluide », qui comprenait alors la chaleur et l'électricité.
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