3. Le fondateur de la littérature russe
V. G. Biélinski le saluait, en 1845, du titre de « fondateur de la littérature », considérant l'œuvre de A. D. Cantémir et de V. K. Trédiakovski comme un simple « avant-propos ». Dès sa jeunesse, Lomonossov écrivit des odes triomphales : Pour la prise de Khotin (Na vzjatie Khotina, 1739) ; des chansons légères dont l'une (Taisez-vous, clairs ruisseaux...) se retrouve dans des recueils populaires ; des odes spirituelles imitées des Psaumes : Méditations du soir et du matin sur la grandeur de Dieu (Utrennee razmyšlenie o božiem veličestve) ; des odes où s'affirme sa foi dans le progrès technique (Quelle joie je ressens..., 1750) ; des poèmes didactiques : Épître sur l'utilité du verre (Pis'mo o pol'ze stekla, 1752), et même satiriques : Hymne à la barbe (Gimn borode, 1757) dirigé contre l'archevêque Setchonov.
Plus importante encore est peut-être l'œuvre théorique de Lomonossov : dans sa Lettre sur les règles de la prosodie russe (Pis'mo o pravilakh rossiiskogo stikhotvorstva, 1739), composée en Allemagne sous l'influence de J. C. Gottsched, il préconise le système syllabo-tonique qui deviendra la base de la prosodie russe, et notamment l'iambe à quatre pieds. La Rhétorique (Kratkoe rukovodstvo k krasnorečiju, 1748) formule clairement les principales règles du discours en prose et en vers, et les accompagne de la première chrestomathie russe. Enfin, l'Avant-propos sur l'utilité des livres ecclésiastiques pour la langue russe (Predislovie o pol'ze knig cerkovnych v rossijskom jazyke, 1757) fait ressortir l'importance du slavon comme réservoir lexicologique, et propose une distinction des styles (élevé, moyen, bas) appropriés aux différents genres, et fondés sur une proportion variable des mots communs au slavon et au russe moderne, des mots propres au slavon, et des mots russes inconnus au slavon.
Sans faire de Lomonossov un génie universel dont seraient sorties tout armées la science et la littérature russes, il faut cependant saluer la force de caractère qui lui permit de sortir de sa condition initiale, et lui reconnaître une place d'honneur parmi les meilleurs esprits de l'époque des Lumières.
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