L'expression Ma‘aseh Merkaba (œuvre du char) désigne le premier chapitre d'Ézéchiel dans la Mishna Haguiga I, ii. Les textes talmudiques rapportent que ce chapitre avait fait l'objet — avec le premier chapitre de la Genèse, désigné par le terme de Ma‘aseh Bereshit (œuvre du commencement) — des spéculations ésotériques des rabbins de l'Antiquité, en particulier Rabbi Yohanan ben Zakkai et Rabbi Akiba.
Les maîtres de la Mishna ont constitué sans doute le chaînon intermédiaire entre les visions contenues dans les apocalypses et la mystique de la Merkaba à l'époque talmudique, telle qu'elle s'est développée en particulier dans les Heykalot. Son objet est une mystique du trône. Dieu est ici adoré et reconnu comme roi ou empereur divin. Le mystique est placé face à la transcendance divine ; l'abîme est insurmontable entre l'âme et le Dieu Roi sur son trône. À travers les hymnes et les prières de cette littérature, à travers ces chants rapportés aux anges et au trône lui-même, retentit le sentiment de la puissance et de la sublimité du divin. La crainte et le tremblement devant la majesté du Roi saint résonnent à travers ces hymnes solennels intégrés dans la liturgie juive, en particulier dans celle des jours redoutables de Tishri.
Mais le Roi saint est aussi le Créateur, et le mystique essaie de parvenir au mystère de Dieu sous son aspect de Créateur de l'univers. Ce thème a donné naissance à un traité énigmatique, le Shiūr Kōma (mesure du corps de Dieu). Le corps divin est décrit à l'aide de mesures monstrueuses, de chiffres énormes, de combinaisons littérales et numériques, à travers lesquels le mystique exalte paradoxalement la majesté divine.
Parmi les autres développements importants de cette mystique, il faut signaler la figure de Métatron (métamorphose céleste d'Énoch) et les idées sur le rideau cosmique (Pargōd), qui sépare le trône des anges et sur lequel se trouvent brodés les archétypes de tous les êtres et événements à venir.
Au Moyen Âge, la littérature de la Merkaba (le Shiūr Kōma, en particulier) sera honnie par le courant rationaliste (Saadia Gaon et Maimonide). Les philosophes désigneront par le terme de Ma‘aseh Merkaba les enseignements de la métaphysique. Les kabbalistes, de leur côté, feront glisser toute la sphère de l'ancienne Merkaba en dessous du monde séphirotique.
Roland GOETSCHEL
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