Le mot hébreu Heyhalot, qui signifie « palais », désigne les textes fondamentaux que nous ont légués les mystiques juifs de la Merkaba. Les plus importants de ces textes sont, dans l'ordre chronologique, les Heyhalot Zutrati, rapportées à Rabbi Aquiba, les Heyhalot Rabbati, dont le porte-parole principal est Rabbi Ismaël et enfin les Sefer Heyhalot, publiées sous le nom de troisième livre d'Énoch ou sous celui d'Énoch hébreu.
Il s'agit d'un type de littérature sui generis qui décrit le voyage du mystique dans les Palais (Heyhalot) divins. L'ascension de celui-ci est nommée descente dans les Heyhalot Rabbati. Les candidats étaient d'abord sélectionnés d'après des critères moraux mais aussi physiognomoniques et chiromantiques. Ceux qui en paraissaient dignes se préparaient alors par des exercices de nature ascétique durant quarante jours : ils observent le jeûne, adoptent une posture particulière, la tête étant placée entre les genoux — ce qui facilite l'extase —, récitent tout bas des hymnes et des chants.
Après cette préparation, l'adepte commence à voyager à travers les sept palais célestes, en affrontant beaucoup de difficultés et de dangers. À chaque entrée, des portiers célestes sont postés qui exigent un mot de passe de celui qui veut continuer le voyage sans danger : un sceau magique constitué par un nom secret qui met en fuite les démons et les anges hostiles. À chaque étape de l'ascension, un nouveau sceau par lequel le voyageur se scelle lui-même est requis. Les dangers augmentent au fur et à mesure que le voyageur s'élève. Le péril devient paroxystique à l'entrée du sixième palais : celui-ci apparaît à l'adepte comme si des milliers de vagues se jetaient contre lui et cependant il n'y a pas une goutte d'eau, mais seulement la splendeur du pur marbre dont le palais est pavé (cf. Haguiba, 14 b). Mais, s'il en est digne, au terme de son itinéraire, il atteindra l'objet de son désir : la contemplation du trône divin.
Le premier centre de la mystique de la Merkaba fut la Palestine ; une bonne part des Heyhalot y vit le jour ; elles passèrent à l'époque de Rava en Babylonie, où d'autres textes furent mis par écrit.
Roland GOETSCHEL
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