Si l'âge romantique s'est fait une idée flatteuse de ce musicien errant, l'opinion des contemporains était plus réservée. Le ménestrel ou « ménestrier » était parfois un vaurien, comme tous ces amuseurs venus d'on ne sait où. Mais le statut des ménestrels s'est peu à peu précisé, les distinguant à la fois des simples jongleurs, plutôt mimes ou acteurs, et des trouvères, qui sont en propre des auteurs et compositeurs. Au xive siècle, le ménestrel est un joueur d'instrument de musique, généralement « bas instrument » ou instrument à cordes, guiterne ou harpe, plus rarement « instrument de bouche », spécialité des hérauts de la chevalerie. En somme, le répertoire du ménestrel n'est pas la fanfare, mais la musique douce, la chanson sentimentale et courtoise. À Paris, les ménestrels de la ville constituent une corporation enregistrée en 1341. Les ordonnances royales veillent à ce que le métier soit correctement exercé et censurent les chansons qui se moqueraient du roi, des nobles ou de l'Église. La clientèle comprend surtout les riches bourgeois et les princes qui les invitent à leur hôtel. Mais les cours royales et princières ont voulu s'attacher des ménestrels en leur offrant un emploi à gages. Cette situation plus stable les oppose aux bateleurs et aux jongleurs qui les jalousent tout en faisant état d'une plus grande liberté. Les ménestrels de cour ont joué un grand rôle dans la définition et la diffusion des diverses écoles musicales et poétiques. Venus d'Angleterre, d'Allemagne ou de Lombardie, ils se rencontrent aux grandes fêtes où ils rivalisent de talent. Les princes se font aussi occasionnellement la politesse de les échanger. Mais les « chapelles » du xve siècle marquent peut-être la fin d'un idéal et d'un métier.
Daniel POIRION
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