La plupart des sciences humaines contemporaines enquêtent depuis quelques années sur leur histoire, leurs démarches et leurs finalités. L'histoire de l'art n'échappe pas à ce mouvement. L'œuvre de l'historien de l'art anglais Martin Kemp s'y inscrit d'une manière originale. Il arpente les régions frontières entre art et science, analysant et comparant de manière minutieuse et souvent surprenante les processus de mise en image dans ces deux lieux privilégiés de la construction visuelle du savoir.
1. Un historien entre art et science
Martin Kemp est né en 1942 en Angleterre à Windsor (Berkshire). Ses origines familiales et sa première formation le prédestinent peu à l'histoire de l'art : « Je venais d'une famille assez indifférente à l'art, avec peu de livres dignes d'intérêt, peu encline à la musique et d'un environnement dans lequel les arts visuels étaient quasi absents... » (interview avec Karen Raney dans Visual Literacy. Issues and Debates, Middlesex University, Londres, 1997). Des études secondaires dans une grammar school très marquée par les sciences l'amènent assez naturellement à des études de biologie, en zoologie et en botanique en particulier, à l'université de Cambridge. Après « des efforts infructueux dans les sciences naturelles », il s'oriente vers l'histoire de l'art et obtient un diplôme d'« histoire de l'art occidental » en 1965 à l'institut Courtauld. Martin Kemp entreprend alors une carrière académique en histoire de l'art, il est lecturer à l'université de Glasgow (1966-1981), professeur à l'université de Saint Andrews (1981-1995) puis à Londres (depuis 1995). Parallèlement, il est associé à de nombreuses expositions étroitement liées à ses recherches, notamment comme commissaire de Ca. 1492. Art in the Age of Discovery (National Gallery, Washington, 1991-1992) et Know Thyself. The Art and Science of the Human Body from Leonardo to Now (Hayward Gallery, Londres, 2000).
2. Vers une « nouvelle histoire du visuel »
Sa double formation marque profondément se […]
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