Le terme de marionnette, diminutif altéré de mariole, mariolette – petite Marie –, qui désignait au Moyen Âge des figurines représentant la Vierge, rappelle le caractère alors religieux, en France, du spectacle de marionnettes. On ne le retrouve pas dans les autres langues ; l'objet y est rapproché de la poupée – une « poupée qui joue », précisera Gaston Baty – : en allemand Puppe, en anglais puppet, títere en espagnol et burattino ou fantoccino en italien.
Réfléchissant sur le phénomène de la marionnette japonaise – et la remarque s'applique à toutes –, Paul Claudel a noté qu'elle « n'a de vie et de mouvement que ceux qu'elle tire de l'action. Elle s'anime sous le récit, c'est comme une ombre qu'on ressuscite en lui racontant tout ce qu'elle a fait et qui, peu à peu, de souvenir devient présence. Ce n'est pas un acteur qui parle, c'est une parole qui agit ».
Ce vide et cette disponibilité d'objet suscitent une ambiguïté qui assure le singulier pouvoir qu'on a parfois le sentiment de surprendre dans l'expression de la marionnette : jusque dans l'inaction, la marionnette paraît douée encore d'on ne sait quelle existence.
1. Une double veine religieuse et populaire Le sacré
Bien que l'état des connaissances ne permette pas toujours d'affirmer l'origine religieuse de ce genre de représentation, des exemples nombreux semblent devoir l'attester. Il est vraisemblable d'ailleurs que le spectacle de marionnettes a précédé celui des comédiens de chair – ce qu'indique sans doute le vocable appliqué, en Inde, au directeur de théâtre : sutradhara, celui qui tire le fil. En France, s'il a été introduit par des jongleurs venus de Rome où il n'était qu'un instrument de divertissement, il a été le premier autorisé, dans la société chrétienne, à prêter des traits humains au Christ, représenté jusque-là symboliquement par l'agneau.
Il convient toutefois de distinguer le rôle d'illustration de l'histoire sainte, qui lui était ainsi accordé, du pouvoir magique, qui lui a été attribué dans les sociétés primitives ou a […]
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