3. Un signe poétique
Comme instrument de représentation, la marionnette est un médium. En elle se rejoignent la réalité qu'elle figure et la croyance que le spectateur peut avoir en cette réalité – qu'il s'agisse de la réalité des forces qu'elle devait obliger à se manifester dans les spectacles de magie animiste, ou de celle de l'univers imaginaire dans le jeu théâtral traditionnel. Dans les deux cas, elle a la particularité de n'être qu'un objet. Cette nature fait qu'elle échappe à l'une et à l'autre. Elle rend sensible le mystère, elle reflète toutes les imaginations, mais, son office terminé, elle demeure une forme parfaitement désincarnée et à la fois prête à fonctionner, disponible.
Sur le plan technique, le marionnettiste doit combiner la physionomie, son dessin et sa coloration, pour que tout puisse être lisible en elle. L'asymétrie du visage permet un jeu de facettes qui offre un champ infini d'expressions au gré de l'action et en fonction du mouvement. Le merveilleux vient de ce que la marionnette ne propose que des signes à la vision et à l'imagination du public : de nature synthétique, elle présente un art de suggestion.
Mais, pour atteindre à l'expression, pour endosser le caractère qu'on lui attribue, elle a besoin du mouvement. C'est le mouvement qui découvre les angles divers sous lesquels les signes qui composent le physique du personnage forment un relief et prennent vie. La puissance du relief et la force de la vie dépendent de la personnalité, de la maîtrise, du style, de la chaleur de la manipulation.
Le mouvement est imprimé par en dessous pour la marotte, les marionnettes à gaine et à tige et pour les ombres, par au-dessus pour les marionnettes à fils et à tringle. La marionnette, poussée du bas ou tirée du haut, n'adhère pas effectivement au sol sur lequel elle est censée agir ; son évolution échappe dans une certaine mesure à la pesanteur. Cette donnée ajoute à la singularité de l'instrument situé entre ciel et terre, entre la féerie et la réalité. […]
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