4. L'auteur dramatique
En 1947, Douking fit représenter, au théâtre du Vieux-Colombier, Lucienne et le Boucher, une pièce écrite au début des années trente. Trois ans plus tard, Clérambard connaissait un durable succès. Dès lors, Marcel Aymé se consacra presque entièrement au théâtre. On retrouve, dans son œuvre dramatique, la plupart de ses personnages habituels (mais pas les paysans), grossis et simplifiés par la mécanique théâtrale. La verve de Marcel Aymé s'y déploie avec plus de rudesse, et même de fureur : Les Quatre Vérités (où l'on voit une famille bourgeoise aux prises avec le sérum de vérité) et surtout La Tête des autres (portrait-charge des magistrats de cour d'assises) sont des caricatures impitoyables.
Malgré son aversion pour les idées générales, à deux reprises, Marcel Aymé a formulé quelques opinions personnelles (et subversives) sur différents thèmes à la mode. En 1938, dans Silhouette du scandale, il prenait la défense du scandale comme « détonateur ». De quoi ? Eh bien, de la vérité sur le mensonge, du naturel sur les conventions sociales... Onze ans plus tard, dans Le Confort intellectuel, il s'attaque aux intellectualismes mondains, donnant ainsi quelques points de vue sur la littérature, les arts et la politique. Ces points de vue, aiguisés, lucides et à contre-courant de la mode, ont largement contribué à ruiner Marcel Aymé dans l'esprit des intellectuels d'avant-garde.
Tout cela n'a plus aucune importance, bien entendu : l'avant-garde de 1949 a disparu depuis longtemps, tandis que l'œuvre de Marcel Aymé demeure. Elle demeurera certainement, pour les générations à venir, comme une des plus représentatives du xxe siècle. Le petit monde de Marcel Aymé, rural ou citadin, révèle, avec une rare acuité, l'homme moyen de notre époque, avec ses chagrins et ses espérances, sa misère et son obstination, sa bonne humeur, son mauvais caractère et son immense pouvoir d'émerveillement.
Voilà comment un écrivain qui s'est seulement appliqué à raconter des histoires est devenu l'un des premiers témoins de son temps.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



