En 1970, au pavillon Baltard, le théâtre des Nations donna une série de représentations. Des cavaliers fous chevauchant licornes et hippogriffes fendant la foule, des chariots roulés à bras d'hommes installant trois, six aires de jeu simultanées avant d'entraîner le public dans un labyrinthe grillagé, tel était Orlando Furioso d'après l'Arioste, première apparition de Luca Ronconi en France. « Il ne s'agit pas de faire comprendre l'histoire, mais de retrouver l'état d'esprit du lecteur, qui, s'il se met au centre du poème, ne le saisit pas tout entier, alors que les fragments sans rapport apparent entre eux renvoient à l'ensemble. » Sur un malentendu né de la reconstitution flamboyante des théâtres de marionnettes siciliennes, il reste pour nous le metteur en scène de la fête. Pour ses compatriotes, il est celui de la folie.
Né à Sousse, en Tunisie, Luca Ronconi a été comédien pendant des années avant de se lancer dans la réalisation d'un répertoire peu pratiqué, Sénèque, les élisabéthains et les baroques italiens, Giordano Bruno aussi (Il Candelaio, 1968), qu'il décale dans des structures où se désarticulent les paroles et les gestes, dans des mondes livides où s'inverse la logique. Seul le triomphe mondial d'Orlando (1969) — sa onzième réalisation — put le faire sortir du ghetto de l'intelligentsia. En 1971, il revient à Paris au théâtre des Nations et fait édifier dans la salle de l'Odéon une maison composée de vingt chambres. Dans chacune de celles-ci sont installés un comédien et un groupe de spectateurs qui assistent à une action fragmentaire, entendent sans voir ce qui se passe à côté. XX prolonge le labyrinthe d'Orlando et, comme lui, traduit l'impossibilité de percevoir et de comprendre toutes les informations qui nous parviennent. Mises bout à bout, les séquences dureraient huit heures. Le spectacle se déroule en une heure et demie et raconte dix minutes d'un interrogatoire vingt fois répété en même temps, sous des formes différentes, tandis que se produit un putsch fasciste.
En 1972, c'est, à la Sorbo […]
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