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CHAT BOTTÉ LE

Un chat serviable et sans scrupules assure par ses ruses la fortune de son maître. S'agit-il, comme l'assure l'interprétation ritualiste, d'un conte sur un animal « totem » (chat, renard, chacal, gazelle ou éléphant blanc) et qui concernerait l'intronisation d'un roi chargé d'assurer la prospérité des récoltes ? L'histoire date vraisemblablement de temps très lointains, car la présence d'animaux secourables, comme le montre V. Propp dans Les Racines historiques des contes, est généralement un signe d'ancienneté.

Le conte est largement répandu en Europe et au-dehors. On le retrouve dans plusieurs grandes collectes, par exemple le Pentamerone de Basile (Gagliuso, ii, 4) ou Les Facétieuses Nuits de Straparole (Constantin le Fortuné, xi, 1). Il porte le numéro 545 dans la classification internationale Aarne-Thompson. L'épisode du chat qui mange l'Ogre est dû à la contamination de deux motifs, celui du CT 325, Le Magicien et son élève, où l'élève magicien changé en renard mange son maître changé en graine, et le motif du CT 331, L'Esprit (ou le Diable) dans une bouteille, où le héros met au défi son adversaire de rapetisser et en profite pour l'enfermer.

Ce conte présente un intérêt particulier sous l'angle morphologique. Il combine la structure statique, disjonctive, ouverte, des contes animaliers (les divers « tours de souplesse » du chat dans la première partie du récit) et la structure dynamique, comportant disjonction, épreuves puis conjonction et triomphe final qui caractérise le conte merveilleux. Il pourrait donc s'agir d'une sorte de fossile, structure rare témoignant de la façon dont on est passé du conte animalier au conte merveilleux, et vice versa.

La célèbre version du recueil Contes de ma mère l'Oye (1697) omet un détail charmant, fréquent dans les versions orales : le chat ou le renard doré séduit bêtes et gens en leur promettant une dorure de sa queue. Les bottes que le chat réclame au fils du meunier ne se rencontrent que dans la version des Perrault ou dans celles qui s'en inspirent. Dès que le chat les a enfilées, le narrateur l'appelle le Maître Chat, surnom qui sert de sous-titre au conte. Ce trait semble lié à une expression courante à l'époque : laisser ses bottes, pour un homme, signifie mourir. À partir de là, calembour probable qui joue à la fois sur les mots chas et chat et botte et bitte, attestés dans leur sens trivial dans les dictionnaires du temps et qui font du Chat botté un être à la fois féminin et masculin, un personnage de « menterie ».

Le Chat botté a inspiré de nombreux ballets, par exemple celui de Roland Petit (1986) sur la musique de Tchaïkovski, qui rend au conte sa fin traditionnelle : l'ingratitude du maître et le sacrifice du chat.

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