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L'ATALANTE, film de Jean Vigo

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2.  Un cinéma lyrique

Le scénario initial est celui d'un roman populiste bien conventionnel. Le style de Vigo le transfigure complètement. La musique de Maurice Jaubert joue un rôle prépondérant. Le montage du film épouse le rythme de la partition et de ses grands thèmes. Les dialogues, nombreux et elliptiques, sont traités musicalement pour leur sonorité et non pour leur sens. C'est donc la bande sonore et le montage qui déterminent l'originalité du style du cinéaste.

Vigo est fidèle à l'héritage du grand cinéma muet des années 1920, celui de l'avant-garde soviétique pour le cadrage et le montage, celui du réalisme allemand pour la lumière et le jeu des acteurs.

Il invente une forme de lyrisme cinématographique totalement nouveau, influencé par la thématique de l'onirisme surréaliste. Par-dessus tout, il donne une extraordinaire présence physique à ses protagonistes et charge d'intensité sensuelle leurs rapports respectifs. Le désir physique, qui relie les deux époux, est représenté avec une rare authenticité, de même que les rapports troubles entre le père Jules et la jeune mariée. Le père Jules, c'est Michel Simon, déjà célèbre à l'époque, qui a collaboré avec Renoir pour La Chienne (1931) et Boudu sauvé des eaux (1932), mais dont la rencontre avec Jean Vigo se révèle providentielle. Il compose en effet un vieux matelot bougon, truculent et mythomane qui fascine Juliette et va métamorphoser les rapports du couple, au départ plutôt conventionnel. On peut interpréter les rencontres entre Juliette et Jules comme des étapes d'un rite initiatique sous le signe de l'étrange, du bizarre et de l'érotisme. Le vieux marin danse en jupette, mime le toréador, exhibe ses tatouages, fume avec son nombril sous le regard fasciné de Juliette. Mais le père Jules est aussi le médiateur qui stimule les rapports émotionnels entre Jean et Juliette, magistralement représentés lors de leur séparation. Le montage alterné, nous menant de l'un à l'autre, symbolise alors leur frustration.

Le cadre exigu de la péniche sert à merveille à représenter ce huis clos surréaliste. Vigo entoure ses personnages d'objets, d'animaux (la ribambelle de chats du père Jules) qui sont autant de prolongements des personnages. Il multiplie les moments où on les voit s'habiller, se déshabiller, se travestir et érotise ainsi le corps de ses acteurs.

L'Atalante est l'un des sommets du lyrisme cinématographique. Il sera retenu comme tel par les poètes surréalistes.

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L'Atalante, de Jean Vigo, 1934, affiche

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