Schumpeter s'est acquis toute sa vie une réputation d'hérétique et d'enfant terrible, ce qui a nui à la diffusion de son œuvre dans la mesure où elle ne se rattache à aucune école précise ; hérétique, Schumpeter l'était par rapport à ses maîtres de l'école de Vienne lorsque, secouant les habitudes de la pensée néo-classique, il entreprit de fonder une dynamique économique. Il l'était encore par sa préoccupation d'unir étroitement l'usage de la théorie économique à celui de la statistique, de l'histoire et de la sociologie pour traiter les problèmes économiques de son temps. C'était là tourner le dos à la méthode des économistes néo-classiques comme plus tard à celle de Keynes et de ses disciples, et c'était aussi retrouver certaines orientations intellectuelles dont Marx était resté le seul représentant. Le nom de Schumpeter demeure celui d'un des plus grands économistes du xxe siècle ; par la subtilité, la vigueur et la nouveauté de ses analyses ainsi que par la hauteur de ses vues, il peut apporter beaucoup à ses lecteurs d'aujourd'hui, à un moment où les problèmes économiques exigent qu'on les aborde avec un certain recul et où les ressources du seul savoir économique ne suffisent pas à les traiter mais appellent au contraire le concours d'autres disciplines.
1. L'homme et son œuvre
Joseph Aloys Schumpeter est né à Triesch, petite ville de Moravie qui faisait alors partie de l'Empire austro-hongrois. Il reçut à Vienne une éducation aristocratique et cultiva particulièrement les humanités classiques. De 1901 à 1906, il fit à l'université de Vienne des études de droit et d'économie sous la direction de maîtres dont les plus célèbres étaient E. Böhm-Bawerk et F. von Wieser. Il fit paraître en 1908 son premier ouvrage important, Nature et contenu principal de la théorie économique (Das Wesen und der Hauptinhalt der theoretischen Nationalökonomie), qui lui valut une chaire à l'université de Czernowitz en 1909, puis à celle de Graz en 1911. C'est en 1912 qu'il publia son livre le plus origin […]
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