Powys est une des figures les plus fortes de la littérature contemporaine. Si Miller et Dreiser le considèrent comme un génie, d'autres sont plus impressionnés par le gigantisme de ses romans et par la complexité d'une nature travaillée d'angoisses obsessionnelles que par son talent. En fait, l'étrange personnalité névrotique de Powys et son œuvre, où il ne cesse de se projeter, sont trop étroitement mêlées pour qu'il soit possible de les dissocier. Grâce à la croyance profonde de Powys en toutes sortes d'exutoires par lesquels combattre le Mal (fétichisme, rites, magie personnelle, détachement volontaire de la souffrance, contemplation extatique), il a élaboré un système où la sagesse la plus réaliste voisine avec une vision baignée de préhistoire et de cosmogonie. L'alliance entre le bas et le haut, le lyrisme et le détail sordide ou insolite, l'humour iconoclaste et la rêverie cosmique, donne à ses romans leur ton si particulier, qui évoque alternativement les sœurs Brontë, Swift, Blake ou Joyce, sans qu'il soit possible de le confondre avec celui d'aucun autre écrivain.
Poète, critique, conférencier, essayiste et enfin romancier (après la quarantaine), Powys n'a jamais voulu se laisser enfermer dans aucune forme ; tout chez lui s'imbrique et se complète dans une géniale perception de l'originalité chaotique de l'être.
1. Protée et ses métamorphoses
Le thème central des métamorphoses se développe au fur et à mesure de l'œuvre. Dès les premiers romans se débat un anti-héros, qui est, par bien des traits, le reflet de John Cowper Powys lui-même : hésitation devant l'action, nostalgie d'une mort ou d'un sommeil évitant la douloureuse connaissance de soi, choix du suicide contre le mariage et la procréation, qui impliquent la coupure d'avec un milieu familial trop aimé. Powys suggère alors que l'unique solution pour ne pas être à la merci de ces puissants qu'incarnent les « seigneurs de la vie », les riches, les hommes virils et castrateurs, les psychiatres et les vivisecteurs, o […]
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