2. Un roman nouveau
Échappant à toute mode littéraire et même aux normes du genre, les derniers romans de Machado ne vieillissent pas. Sa vocation de poète et de dramaturge manqué y trouve son épanouissement.
• L'auteur et ses masques
C'est d'abord par l'intermédiaire de Brás Cubas, ensuite de Dom Casmurro et de Aires que Machado établit son dialogue intime et corrosif avec la vie et la mort, avec lui-même et avec le public. Il s'agit de biographies de personnages-auteurs : Machado présente Cubas comme « l'auteur » des Mémoires ; Aires avait déjà signé des chroniques avant de nous livrer son journal intime. Machado les a créés autonomes. Ne le cherchons en aucun des trois : il n'y sera nulle part, car il y est partout.
De même que Brás Cubas déjà décédé, Dom Casmurro et Aires, encore en vie, se placent dans une perspective d'outre-tombe : ils font un bilan dramatisé, une sorte de mise en scène posthume de leurs souvenirs. De loin, ils se voient eux-mêmes et voient les autres dans l'intermède de la vie : des pantins ridicules et absurdes. De là leur supériorité. En se souvenant de Pascal, Machado disait que les hommes n'étaient supérieurs aux animaux que parce qu'ils savaient qu'ils devaient mourir.
Comme un manipulateur de marionnettes, l'auteur couvre toutes les voix avec la sienne, en passant sans transition de ses propos à ceux de ses personnages. Et ce n'est qu'après avoir sciemment confondu son public qu'il cligne de l'œil : « Ce n'est pas moi qui parle, c'est lui. » Ce jeu atteint le comble de l'ambiguïté lorsque l'auteur s'adresse au public après une réflexion qui semblait venir du personnage : « Mais non, il n'a rien dit, c'est vous qui avez parlé. »
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