La personnalité et l'œuvre de Machado de Assis ne cessent de provoquer l'admiration et, souvent même, l'irritation des critiques (Galante de Sousa a recensé, en 1958, mille huit cent quatre-vingt-quatre études à son sujet). Tout en reconnaissant l'art de l'écrivain – l'un des plus éminents du Brésil –, certains critiques reprochent parfois à l'homme le sarcasme de ses jugements, son mépris de tout et de tous, sa sécheresse de cœur. Brás Cubas, le masque qu'il a pris pour écrire, de l'éternité, ses Mémoires « posthumes », affirme que le seul solde positif de sa vie a été de ne pas avoir eu d'enfants, de n'avoir transmis « à aucune créature l'héritage de notre misère ». Et pourtant, pour comprendre ce grand timide qui ne se montrait en public que masqué, il faut encore écouter Aires, son incarnation du Memorial de Aires, le journal intime qu'il écrivit peu avant sa mort : « Ce n'est que parce qu'il a beaucoup aimé [la vie] qu'il l'a tellement haïe. » Quelques années plus tard, Machado de Assis prononçait lui-même, agonisant, le dernier mot d'un pardon difficile : « La vie est bonne. »
1. La pente de l'émancipation
• L'émancipation par la culture
Né à Rio de Janeiro, d'origine très pauvre, métis, bègue, épileptique, il a réussi par sa persévérance, son travail, son talent, peut-être son génie, à gravir les pentes, si dures à l'époque, qui séparaient, au Brésil, les Blancs des gens de couleur, les seigneurs des serviteurs, l'écrivain de son public. Orphelin, il lui a fallu travailler jeune pour vivre et faire ses études. À dix-sept ans, apprenti dans une imprimerie, il commença à collaborer à plusieurs journaux et revues, dans des domaines très divers. Il lui arrivait parfois de publier, sous différents pseudonymes, trois, quatre contes à la fois.
À trente et un ans, il épouse la sœur d'un de ses amis, le poète portugais Xavier de Morais. Sa situation ne cesse de s'améliorer. À trente-quatre ans, il se trouve être un fonctionnaire très considéré et un écrivain que les journaux de l'épo […]
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