Celui que l'on a pu justement qualifier de « père de l'Europe » s'est éteint le 16 mars 1979, dans sa quatre-vingt-onzième année, au terme d'une longue existence, extraordinairement variée mais toujours orientée vers la recherche des moyens propres à rassembler les hommes et à les amener à parler un langage commun. Formé très tôt au commerce international – il a à peine vingt ans quand il débute comme négociant à l'étranger pour le compte de sa famille, propriétaire d'une entreprise de cognac – Jean Monnet est un fin connaisseur du monde anglo-saxon, dont il partage l'esprit pragmatique.
1. Une méthode d’action
Il n'était ni un intellectuel, ni un technocrate, ni un politicien, mais avant tout un homme d'action qui réfléchissait sur son action et avait très tôt élaboré une « méthode ». Durant la Première Guerre mondiale, membre de la mission commerciale française de Londres, il avait été frappé par l'incohérence de la politique des Alliés dans le domaine du ravitaillement. Il suggéra la mise en commun du tonnage maritime, raréfié par la guerre sous-marine, et la coordination des achats. Des comités exécutifs furent formés, composés non de diplomates représentant strictement les intérêts nationaux, mais d'experts ayant une large liberté d'action.
Cette expérience fut décisive dans la conception que Jean Monnet se fit de la coopération internationale ou interne. Au système traditionnel de marchandages et de compromis il cherchera toujours à substituer l'action concertée en vue d'une solution globale. Prise de conscience des solidarités et recherche de l'efficacité seront ses préoccupations essentielles. Il se trouva affermi dans ses convictions par son passage à la Société des Nations dont il fut, encore très jeune, secrétaire général adjoint. Il y réussit le sauvetage financier de l'Autriche grâce à la concertation des grandes puissances, mais constata rapidement que les pays membres, tenus de défendre des points de vue nationaux, ne pouvaient prendre une vision d'ensemble des pr […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



