Il fut l'un des principaux hommes d'État dans la France de l'après-guerre. Né de parents lorrains établis à Luxembourg, après des études dans les facultés de droit allemandes, il entreprit, au lendemain de la Grande Guerre, une carrière politique en France et se vit élire député de la Moselle dès 1919 ; de 1924 à 1938, il siégea à la Chambre des députés dans les rangs des démocrates-populaires. En 1940, il vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, mais manifeste son hostilité aux nazis, qui l'emprisonnent. Il s'évade en 1942, participe à la fondation du Mouvement républicain populaire et se trouve élu, puis réélu sans discontinuer à l'Assemblée nationale de 1945 à 1962. Au lendemain de la Libération, le voici ministre des Finances, ministre des Affaires étrangères, plusieurs fois président du Conseil, enfin président (1958), puis président d'honneur de l'Assemblée parlementaire européenne. Son rôle politique est primordial. Pourtant, au-delà des péripéties qui marquent sa carrière, il restera le fondateur de la C.E.C.A. (Communauté européenne du charbon et de l'acier) et l'un des pères de l'Europe. Schuman croyait profondément à la nécessité d'une réconciliation franco-allemande : le moment était particulièrement bien choisi, estimait-il, puisque Konrad Adenauer assumait la direction de la nouvelle République fédérale et que les chrétiens-démocrates français étaient au pouvoir ; aux nécessités politiques s'ajouteraient les convictions catholiques des uns et des autres. Leur origine chrétienne formerait le ciment de l'unité entre les pays d'Europe occidentale.
Aussi Schuman prêta-t-il une oreille attentive au projet que lui soumit Jean Monnet ; il en prit la responsabilité et ce fut le « plan Schuman » : Allemagne et France constituaient une union douanière pour le charbon et l'acier, d'autres nations étaient invitées à se joindre à elle ; une autorité supranationale était instaurée. Ce fut un succès que l'échec de la C.E.D. (Communauté européenne de défense) faillit compromettre, mais que l'établissement du Marché commun confirma.
En revanche, l'erreur de Robert Schuman fut de négliger les affaires d'outre-mer et de laisser la France s'engluer dans la guerre d'Indochine et dans les intrigues nord-africaines. Elle fut aussi peut-être d'avoir négligé la force du sentiment national capable de retarder, sinon d'empêcher, une réelle union politique de l'Europe.
André KASPI
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