Parce qu'elle se déroula officiellement dans le même lieu universitaire, le département de philosophie de l'université de Nantes, la carrière de Jean-Louis Gardies ne rend guère visible la variété des intérêts intellectuels qui animèrent cet esprit libre, depuis son entrée à l'École normale supérieure en 1946 et l'obtention de l'agrégation de philosophie trois ans plus tard. Assistant de Raymond Aron (1905-1983) en Sorbonne, lecteur à Göttingen puis attaché culturel à Hambourg, où Michel Foucault (1926-1984) lui succéda, il était familier de la langue allemande, ce qui lui permit l'accès direct à Gottlob Frege (1848-1925), l'un de ses auteurs privilégiés, en mathématiques comme en droit. Sans doute devait-il prendre un tournant décisif vers la philosophie des mathématiques, lors de la fondation avec Jean Dhombres, en 1980 à Nantes, d'un séminaire d'histoire des sciences, au départ axé sur la lecture de la théorie des proportions et du livre V des Éléments d'Euclide. Il n'en retrouvait pas moins, dans ce qui devint son domaine privilégié de travail, des pistes tracées en philosophie du langage et en logique. Ainsi, il repensait le non-achèvement d'une théorie du nombre r […]
