Joule compte parmi les plus importants fondateurs de la thermodynamique. Parvenu en 1843 à donner une formulation stricte du principe de la conservation de l'énergie, il entreprit de quantifier les relations entre chaleur et travail au moyen d'expériences très diverses d'une extraordinaire précision. Comparé à d'autres pionniers dans le domaine de la conservation de l'énergie, il ne paraît progresser qu'à pas comptés ; mais il procura aux chercheurs les plus sûrs fondements expérimentaux dont ils avaient besoin dans les années 1840, et qui firent souvent défaut chez des penseurs plus brillants comme Julius R. Mayer et Hermann L. F. von Helmholtz.
1. L'arrière-plan social
James Prescott Joule naquit à Salford, près de Manchester ; il était le deuxième des cinq enfants d'un brasseur fortuné. Son éducation fut confiée à des précepteurs, parmi lesquels se trouvait John Dalton, l'éminent chimiste de Manchester ; encore tout jeune, il put se procurer, dans la maison paternelle, toutes les commodités propres à des travaux de recherche. Grâce à son père d'abord, puis, à partir de janvier 1842, par son affiliation à la Manchester Literary and Philosophical Society, il put pleinement participer à l'intense vie intellectuelle de la cité. La fréquentation des ingénieurs et des techniciens, nombreux à Manchester, marqua par-dessus tout ses débuts, et l'on conçoit que le truchement des problèmes techniques l'amena à formuler sa version du principe de la conservation de l'énergie au début des années 1840. En dépit de la réputation internationale dont il jouit à partir de 1850 environ, Joule se confina sa vie entière dans une sorte de retraite ; il se tint à l'écart des cercles de la Royal Society, bien qu'il en devînt l'un des membres (fellow) en 1849 ; il n'occupa ni chaire universitaire ni aucune position scientifique rémunérée, demeurant dans la région de Manchester jusqu'à sa mort, qui survint à Sale, dans le Cheshire, après quelque dix-sept ans de maladie[…]
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