Alors qu'au début du xviie siècle la peinture parisienne traverse une phase de relative éclipse, Nancy et la Lorraine connaissent au contraire une période faste. Jacques Bellange (ou de Bellange) est avec Callot et Deruet l'un des artisans de cet heureux temps.
On ne sait pas grand-chose de la personnalité ni de la carrière de Bellange, sinon qu'il exerçait son activité en Lorraine, entre 1600 et 1615, comme décorateur, peintre et graveur. C'est surtout à ce dernier titre qu'il est resté célèbre puisque les rares tableaux conservés sont d'attribution souvent douteuse (par exemple la Lamentation sur le Christ mort du musée de l'Ermitage qui est sans doute la réplique d'un original perdu). Nulle mention d'un voyage en Italie. Pourtant, l'art de Bellange ne peut se concevoir que sur la base d'une solide formation acquise au-delà des Alpes : trop de motifs et de traits stylistiques apparaissent empruntés à Parmesan et au Baroche, en particulier, pour qu'il n'ait pas connu directement leurs œuvres.
Les sujets traités par Bellange dans ses gravures sont essentiellement d'inspiration religieuse. On possède cependant quelques gravures profanes, et il est curieux de comparer le Vielleur gravé par Bellange au même sujet traité par Georges de La Tour (musée de Nantes) : c'est le même esprit cruel qui souligne les difformités et les aspects monstrueux d'un corps d'infirme, mais avec, chez Bellange, une élégance aristocratique dans la ligne ; il en résulte une dissonance entre la matière et le ton qui relève proprement du burlesque, envers de la préciosité. Cette préciosité, elle éclate dans une œuvre comme Les Trois Marie au Sépulcre : effets de perspective télescopique, allongement invraisemblable des silhouettes, contre-jours savamment ménagés. Le maniérisme, qui à cette date est déjà largement hors de mode en Italie, trouve ici l'une de ses expressions les plus extrêmes, comparable seulement aux productions d'un Goltzius ou d'un Spranger.
Georges BRUNEL
Retour en haut



