La « redécouverte » de Georges de La Tour, peintre renommé en son temps, mais tombé dans l'oubli après sa mort, est une grande conquête de l'histoire de l'art. Lorsqu'en 1835 Prosper Mérimée, inspecteur des Monuments historiques, admirait du magnifique Vielleur du musée des Beaux-Arts à Nantes – qu'il croyait de Velázquez – l'« ignoble et effroyable vérité », plus aucun tableau, dans aucun musée du monde, ne portait en effet le nom de Georges de La Tour. Il fallut attendre la publication, en 1863, des patientes recherches d'archives d'un érudit lorrain, Alexandre Joly, puis leur exploitation, en 1915, par un jeune chercheur allemand plein d'intuition, Hermann Voss, pour que resurgisse enfin des ténèbres qui l'enveloppaient l'une des plus hautes figures de la peinture occidentale. Si, depuis cette époque, les travaux poursuivis par quelques spécialistes et la réapparition, ou la réattribution de maints tableaux, originaux et copies, ont permis de mieux cerner la personnalité artistique de La Tour, bien des éléments font encore défaut qui permettraient de reconstituer le puzzle de sa vie et de son œuvre, et de mieux comprendre sa personnalité.
1. Une ascension vers l'oubli
Fils d'un boulanger de Vic, aujourd'hui Vic-sur-Seille, dans l'évêché de Metz, Georges de La Tour naît en 1593. Il était issu de ce milieu relativement aisé d'artisans et de petits propriétaires qui, dans l'ancienne France, fut de tout temps une réserve d'élites. Son mariage, en 1617, avec Diane Le Nerf, fille d'un argentier du duc de Lorraine Henri II, alliée à toute la noblesse locale, marque le début de son ascension sociale. En 1620, l'artiste décide de s'installer à Lunéville, berceau de la famille de sa femme, parce qu'il sait que le marché nancéien, dominé par Jacques de Bellange jusqu'à sa mort en 1616, mais bientôt investi par Claude Deruet et Jean Leclerc revenus d'Italie respectivement en 1619 et avant 1622, lui est en grande partie fermé. Dans cette petite ville où le duc fait alors bâtir un […]
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