Comblé de la faveur des princes, très tôt célébré dans la littérature artistique et largement admiré des amateurs, Jacques Callot est l'un des graveurs dont la fortune critique fut la plus immédiate et la plus durable, au point que le succès de ses compositions s'étendit aux arts décoratifs et à l'imagerie scolaire ; la céramique tira souvent parti des Gobbi et des Gueux, et Les Misères de la guerre illustrent inépuisablement, fût-ce au prix d'un contresens, le propos didactique sur les conflits européens du xviie siècle. Cependant, les catalogues de l'œuvre gravé et dessiné, les grandes expositions (Vienne, 1969 ; Washington, 1975 ; Sienne, 1976 ; Nancy, 1992) restituent l'image d'une personnalité artistique attachante et complexe. Au-delà des stéréotypes – Théophile Gautier, E.T.A. Hoffmann, Baudelaire, Aloysius Bertrand avaient déjà forgé une « manière de Callot », insolente et bravache –, la recherche offre désormais quantité d'angles de vue et de problèmes nouveaux.
1. Les années d'apprentissage
Callot est né à Nancy en 1592, de Jean Callot, héraut d'armes du duc de Lorraine Charles III. Ses biographes (Félibien, Baldinucci) rappellent volontiers sa naissance noble, ou plutôt dans une famille d'anoblis, et insistent sur sa précoce vocation pour le dessin. Le jeune talent de Callot se développa dans un milieu très ouvert à l'activité artistique, familier des rituels aristocratiques et d'une vision théâtrale de l'existence ; sa première formation reçut sans doute une forte empreinte du cadre stimulant de la petite capitale d'un État indépendant, qui participait alors pleinement à la civilisation de l'Europe des cours.
Attiré par l'Italie, comme tant d'autres artistes de cette époque, Callot se serait enfui de la maison paternelle à deux reprises. Aucun document ne confirme ces tentatives de fugue rapportées par Félibien, mais elles n'ont rien d'invraisemblable. Quoi qu'il en soit, Callot commença le 13 janvier 1607 un apprentissage chez l'orfèvre nancéien Demange Crocq. La même année, s […]
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