Avec Caccini, Peri est le véritable initiateur du style rappresentativo, et donc de l'opéra. Comme Caccini, il est, dans les dernières années du xvie siècle, musicien de cour à Florence et membre de l'Académie du comte Bardi, où s'élabore le style récitatif. Après les intermèdes qu'il chante lui-même en s'accompagnant sur le chitarrone au mariage du grand-duc Ferdinand (1591), il donne, avec sa Dafne, représentée en 1597 au palais Corsi, une œuvre authentiquement dramatique qui surpasse les essais antérieurs de Caccini ou de Galilei. L'œuvre eut un succès considérable. Trois ans plus tard, pour le mariage de Marie de Médicis (1600), c'est Euridice, sur un poème de Rinuccini, que Caccini met en musique de son côté.
L'art de Peri est moins brillant que celui de Caccini, plus sec aussi. La virtuosité vocale y est moins prononcée, les vocalises ornementales ou expressives moins fréquentes. Mais Peri a plus de sens dramatique, et respecte plus fidèlement les inflexions de voix et les accents poétiques. Dans certains madrigaux à voix seule, on voit poindre l'opposition d'un style récitatif et de passages en forme d'aria, qui s'imposera dans l'opéra du xviie siècle. Peri a peut-être plus marqué la destinée de l'opéra en gestation que son rival Caccini. Pourtant, la popularité de ce dernier restera plus vivante après sa mort, tant en Italie qu'en France.
Philippe BEAUSSANT
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