Chanteur, instrumentiste et compositeur, Giulio Caccini fut intimement lié au cercle du comte Bardi. Cette assemblée de poètes et de musiciens, par ses discussions esthétiques et particulièrement ses spéculations sur la musique de l'Antiquité grecque et ses rapports avec le théâtre et la poésie, exerça une action décisive sur le développement de la monodie accompagnée et de l'opéra. Avec Peri, membre du même cercle et son rival heureux, Caccini est directement à l'origine du recitar cantando. Dans une œuvre comme l'Euridice de Rinuccini, mise en musique par Peri, où Caccini inséra des fragments de sa composition, il est malaisé de déterminer l'apport de l'un ou de l'autre, autant que leur influence respective sur l'évolution de l'art lyrique. De 1602 à 1614, Caccini publia un certain nombre de recueils d'airs accompagnés, qui comptent parmi les plus importantes publications de son temps. Les caractères propres à sa musique lui viennent de sa qualité de chanteur virtuose. Ses airs sont plus ornés que ceux de Peri, dans un but expressif, mais aussi par goût de la richesse ornementale pure et de la virtuosité, désir de mettre en valeur la maîtrise technique du chanteur. Ses préoccupations théoriques et pédagogiques se manifestent d'ailleurs dès la préface de son premier recueil (Le Nuove Musiche, 1601) et dans son dernier (Nuove Musiche e nuova maniera di scriverle, 1614). Il donne à ses airs soit la structure de variations strophiques (forme dont il est l'initiateur, évidemment liée au souci de virtuosité), soit celle du madrigal ; il est enfin l'un des premiers à utiliser la basse continue chiffrée. La réputation du virtuose aida à la renommée du compositeur. Elle l'attira en France, où il séjourna en 1604 à la demande de Marie de Médicis. Son influence y fut ainsi plus marquée que celle de Peri, et son souvenir était encore vivant à Paris à la fin du xviie siècle, quand ses contemporains, voire ses successeurs, étaient oubliés. Remarquable pédagogue, Caccini avait fait de sa seconde femme, Lucia, et de ses deux filles d'excellentes chanteuses, avec lesquelles il se produisait souvent. Sa sœur Francesca, d'autre part, connue sous le nom de la Cecchina, était une virtuose du chant, s'accompagnant au luth, au clavecin, à la guitare : elle composa plusieurs opéras et un recueil d'airs accompagnés, et sa réputation ne fut pas moindre que celle de son frère.
Philippe BEAUSSANT
Retour en haut




