Deuxième fils de ‘Alī, troisième imām et l'un des principaux « martyrs » (shahīd) des shī‘ites. Après l'assassinat de ‘Alī (661), l'affermissement du pouvoir omeyyade sous le règne énergique et avisé de Mu‘āwiya amène, pour les descendants de ‘Alī et leurs partisans contraints d'accepter le fait accompli, une période de relative mise en veilleuse. À la mort de Mu‘āwiya (680), son fils Yazīd accède au pouvoir et Ḥusayn, chef des ‘Alīdes depuis la mort de son frère aîné al-Ḥasan (669-670), se croit en mesure de faire valoir ses droits au califat contre celui qui est à ses yeux le fils d'un usurpateur. Refusant de prêter le serment d'allégeance au nouveau souverain, il s'enfuit de Damas et gagne La Mecque. Les habitants de Kūfa, en majorité pro-‘alīdes, croient également venue l'occasion propice à un soulèvement contre l'autorité omeyyade et envoient des messagers à Ḥusayn, l'invitant à venir se mettre à leur tête. Il accepte, mais le gouverneur omeyyade ‘Ubayd Allāh reprend rapidement en main la situation à Kūfa et fait contrôler les routes du Hidjāz. Malgré les conseils de prudence, Ḥusayn persiste dans sa décision de marcher sur l'‘Irāq. C'est à Karbalā', avec une poignée de partisans, qu'il se heurte aux troupes omeyyades et qu'il trouve la mort. L'appréciation du fait et les jugements portés sur ses participants diffèrent radicalement dans les traditions sunnites et shī‘ites. Pour les sunnites, la mort de Ḥusayn est attribuée à l'initiative malheureuse d'un sous-ordre outrepassant le commandement du calife. Tout autre est l'interprétation shī‘ite du combat : elle en rejette la responsabilité sur le calife Yazīd et ses agents tout en blâmant les shī‘ites de Kūfa pour avoir abandonné Ḥusayn après l'avoir invité à se mettre à leur tête. Pour cette tradition, la mort de Ḥusayn, comme toute sa vie, du reste, est marquée par des prodiges : prémonitions, interventions angéliques, châtiment des meurtriers. L'anniversaire du « martyre » de Ḥusayn (10 muḥarram, fête de ‘Āshūrā') est le grand jour de deuil des shī‘ites, marqué par d'importantes et pathétiques cérémonies dont le rite principal est la représentation de la « passion » d'al-Ḥusayn.
Georges BOHAS
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