Auteur prolifique et à multiples facettes, dont l'envergure internationale fut définitivement scellée par son opus magnum Het verdriet van België (Le Chagrin des Belges, 1983), Hugo Claus appartient aux grandes figures de la littérature néerlandophone. Citée à plusieurs reprises pour le prix Nobel, son œuvre, placée sous le signe d'un vitalisme hors pair, se caractérise par une écriture à la fois poétique et directe. Tout en s'inspirant volontiers des classiques, Claus ne redoute nullement de verser dans le propos burlesque, trivial, voire obscène.
1. Un mille-pattes aux allures de lion
Né à Bruges le 5 avril 1929, Hugo Maurice Julien Claus est le fils aîné de Joseph Claus et de Germaine Vanderlinden. Trois mois après la naissance de Hugo, la famille déménage à Astène (Flandre-Occidentale), village natal de Germaine, où Joseph poursuit une activité d'imprimeur, doublée d'un commerce de matériel scolaire. Au cours des années suivantes, la famille s'agrandit avec l'arrivée de trois autres garçons. Le jeune Claus connaît une scolarité chaotique au cours de laquelle il change fréquemment de pensionnat, notamment durant les années de guerre.
Dès 1946, il quitte la maison paternelle, fait ses premiers pas dans la poésie et la peinture et rêve d'une carrière de comédien. C'est toutefois la littérature qui l'emporte rapidement. En 1947, Claus publie un recueil de poésie expérimentale. Son premier roman De Metsiers (La Chasse aux canards), composé en un mois à la suite d'un pari, paraît en 1950. Le livre, qui attire sans tarder l'attention du public et de la critique littéraire, est couronné par le prix Leo J. Krijn. Mais il provoque aussi des réactions négatives, en raison des thèmes qu'il aborde tels que la sexualité et l'inceste.
Entre 1950 et 1953, au cours de ses années parisiennes (évoquées dans son roman Een zachte vernieling [Une douce destruction], 1988), Claus va être fortement influencé par les surréalistes, les existentialistes et les peintres avant-gardistes du groupe Cobra (Pierre Alec […]
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