Porteuse dans ses moindres recoins de l'empreinte d'un incorrigible apprenti sorcier, l'œuvre de Harry Mulisch constitue à elle seule une littérature néerlandaise hermétique, inscrite davantage dans la lignée de Goethe, Kafka et Thomas Mann que dans le réalisme qui domine l'après-guerre. Romans, nouvelles, poèmes, essais, reportages, pièces de théâtre, livrets d'opéra, tout chez Mulisch est régi par cet hermétisme paradoxalement accessible, comme en témoigne le succès de ses ouvrages à travers le monde. Le paradoxe deviendra d'ailleurs son image de marque, en raison d'un univers romanesque où destruction et création, amour et violence se confondent systématiquement. La guerre a beau rendre Mulisch proche de romanciers comme W. F. Hermans et Hugo Claus, il n'en bifurquera pas moins vers la mythologie et la fantasmagorie. Et on le verra créer son propre mythe. « C'est moi la Seconde Guerre mondiale », affirme-t-il un jour. Il faut bien lui accorder que l'ambiguïté de ses origines ne pouvait que le conduire à une telle déclaration.
C'est en effet d'un père austro-hongrois, qui collaborera avec les Allemands pendant l'Occupation, et d'une mère juive que Harry Kurt Victor Mulisch est né à Haarlem en 1927. Il appartient à un milieu aisé et cosmopolite rapidement touché par la crise de 1929, une tragédie aggravée par la séparation des époux Mulisch en 1936. Le père réussira néanmoins à faire libérer sa femme du dépôt, tout comme il saura éviter que son fils soit enrôlé dans l'armée allemande. Livré à lui-même pendant les années de crise et d'occupation, le jeune Harry Mulisch connaît une scolarité difficile qui l'aidera beaucoup à créer un monde à lui. Il s'intéresse à la chimie, plus encore à l'alchimie, et va ensuite se diriger, pas à pas, vers la composition d'un roman, Archibald Strohalm (1952), récit rocambolesque d'un marionnettiste visionnaire qui entend élucider l'énigme universelle « par le rire ». Commencent alors, malgré une précarité tenace, ses premières années de gloire : prix littéra […]
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