Sans revenir ici sur l'histoire de l'astrologie ou sur les techniques divinatoires, on peut considérer l'horoscope comme la forme la plus répandue de production astrologique dans la société actuelle, principalement à travers les rubriques spécialisées de la grande presse.
Pourquoi est-ce l'astrologie qui a conquis la première place comme produit industriel divinatoire ? Essentiellement à cause de l'audience qu'elle a trouvée dans la presse, car il semble que les tarots, les cartes, la chiromancie et diverses formes de voyance connaissent, dans les cabinets de consultation, une vogue au moins égale à celle de l'astrologie dans les périodiques. Par ailleurs, l'horoscope correspond aux caractéristiques du marché de la presse, parce qu'il traite les cas personnels en fonction de catégories, ce qui est nécessaire lorsque les prédictions doivent concerner les lecteurs et non telle vedette déterminée, et parce que sa base calendaire est bien adaptée à la périodicité de la publication. Quoi qu'il en soit des facilités que l'astrologie offre à la presse, on doit invoquer d'autres raisons pour expliquer son succès. Il semble d'abord que les modes particuliers de la combinatoire astrologique se prêtent à la production industrielle par le fait qu'il suffit de douze catégories pour que l'individu ait l'impression de se retrouver. Peut-être l'astrologie offre-t-elle aussi à chacun la commodité d'une perception classificatoire de son entourage.
On voit s'exercer dans ce phénomène l'attrait d'une démarche qui coupe au plus court pour trouver une hyper-rationalité apparente en faisant l'économie des côtés pénibles de la science qui reconnaît ses ignorances, renonce à calculer la totalité des déterminations qui pèsent sur l'événement singulier et cesse de faire graviter le monde autour de l'homme. Jean Piaget montre que la technique naît d'une décentration par rapport à l'individu et la science, d'un effort pour prendre de la distance à l'égard du groupe. L'astrologie constitue à cet égard une régression profonde, puis […]
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