Le prestige d'Henry Moore a, depuis longtemps, débordé les frontières de son Angleterre natale. Révéré dans son pays à l'égal d'une institution, ce sculpteur a créé une œuvre considérable dont la puissance et la diversité forcent le respect, et dont témoignent les expositions triomphales de 1972 à Florence, 1977 à Paris, 1978 et 1983 à Londres, pour ses anniversaires, 1979 à Bonn et 1982 à Séoul. Ses recherches se sont d'emblée inscrites dans le courant des expériences les plus originales de l'art contemporain. Portant alternativement sur les domaines de l'abstrait et du figuratif, elles visent toutes à exprimer le dynamisme latent des structures vivantes, les soubresauts d'une nature en perpétuelle genèse, la fraternité de l'homme avec toutes les formes de vie. Cette hauteur de vues, allant de pair avec d'exceptionnelles qualités plastiques, justifie le rayonnement d'une œuvre qui a profondément marqué toute une génération d'artistes.
1. La beauté est morte
N'en déplaise aux âmes compatissantes, l'enfance d'Henry Moore à Castleford, petite cité industrielle du Yorkshire où il naquit en 1898, ne fut pas malheureuse. Les sacrifices consentis pour que ce fils de mineur accédât en 1916 à la carrière d'instituteur n'entamèrent pas l'optimisme du climat familial. Après la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il fut gazé, Moore obtint de se consacrer à l'étude de la sculpture, d'abord à la School of Art de Leeds, puis au Royal College of Art de Londres (1919-1924). En 1928, il organise sa première exposition particulière à la Warren Gallery. La seconde, aux Leicester Galleries, en 1931, déchaîne un beau scandale qui lui coûte son poste de professeur de sculpture au Royal College. La School of Art de Chelsea l'accueille aussitôt ; il y enseignera jusqu'en 1939. Les commandes ne tardent pas à affluer, dont plusieurs officielles. Mais il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale et l'attribution du grand prix de la Biennale de Venise (1948) pour que l'œuvre de Moore fa […]
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