La « sculpture anglaise » existe-t-elle vraiment ? Si l'on a évidemment pratiqué de tout temps la sculpture en Angleterre, l'expression ne prend corps qu'à l'âge contemporain avec l'invention de la sculpture moderne. Le xxe siècle est en effet marqué par une véritable effervescence de la création sculpturale en Angleterre, phénomène qui a été analysé par maints critiques et a suscité de multiples expositions.
Alors que la notion de « peinture anglaise » renvoie à une histoire du paysage et du portrait qui s'étend sur plusieurs siècles, de Hogarth à Bacon ou Lucian Freud en passant par Turner et Constable, la « sculpture anglaise » est née à Londres à la veille de la Première Guerre mondiale. Marquée à ses débuts par des précurseurs tel que Jacob Epstein, elle connaît une véritable apogée avant et après la Seconde Guerre mondiale avec, plus particulièrement, Henry Moore et Barbara Hepworth. Dans les années 1960-1970, Tony Cragg, Anthony Caro ou encore Richard Long s'inscrivent eux aussi dans cette même lignée. Plus récemment, des artistes tels que Damien Hirst ou Mark Wallinger sont généralement considérés comme les descendants du mouvement et participent au renouveau de la « nouvelle sculpture anglaise ».
Mais qu'y a-t-il de spécifiquement anglais dans cette sculpture ? Des lieux d'enseignement prestigieux, tels, entre autres, le Royal College of Arts et la Saint-Martin's School à Londres, jouent un rôle considérable de transmission des connaissances et contribuent à développer cette capacité de s'insérer dans la « tradition moderniste » tout en en contestant périodiquement son héritage. La sculpture anglaise – qu'il serait plus juste d'appeler britannique car, par exemple, un Paolozzi se considère comme écossais – s'affirme, depuis les années 1940 comme une chaîne continue de révoltes et de réinventions.
1. 1914, Londres, creuset de la sculpture moderne
En 1914, à côté de Paris qui continue de jouer un rôle de capitale des arts bien connu, Londres s'affirme comme un des creusets de la sculpture moderne. Rodin lui-mêm […]
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