Homme du peuple, barde de la nation, peu d'écrivains pourraient briguer aussi légitimement ces titres que le Hongrois Gyula Illyés dont l'œuvre de poète, de prosateur et de dramaturge s'est, depuis un demi-siècle, identifiée aux drames de conscience vécus par sa patrie. L'une des plus largement écoutées de ses compatriotes, cette œuvre, qu'anime sans défaillance la foi en sa mission civilisatrice, constitue à la fois l'exemplaire document d'une destinée littéraire aux prises avec l'histoire et le monument de la fidélité d'Illyés envers la paysannerie dont il est issu et dont il n'a cessé de vouloir incarner l'espoir d'accéder, intellectuellement et socialement, à une vie digne d'être vécue dans la réalité du socialisme.
1. Du surréalisme au radicalisme paysan
Les origines de Gyula Illyés et son enfance – il naquit en 1902 à Rácegres – sont décrites dans Ceux des Pusztas (Puszták népe, 1936), autobiographie élargie en une vaste analyse, sociographique de la vie qu'avait connue, sous le régime semi-féodal, la couche la plus déshéritée de la population, celle des domestiques agricoles. Rédigé dans un style précis, limpide, puissamment évocateur (par son aisance à mettre l'image au service de l'expression intellectuelle, la prose d'Illyés incarne l'intégration du génie paysan à la culture lettrée), ce livre devait consacrer l'auteur comme le chef de file des écrivains « populistes » engagés à dénoncer la misère rurale. Entre l'éveil à un monde d'injustice et l'offensive idéologique en vue de sa transformation, il y eut cependant les années d'expérimentation poétique et de prise de conscience révolutionnaire dont Hunok Párizsban (1946, Les Huns à Paris), constitue la chronique lucide et nostalgique. Fuyant un mandat d'arrêt que lui valut sa participation à la Commune hongroise de 1919, Illyés s'installa à Paris, s'y lança dans l'activité syndicaliste, fit ses débuts poétiques à l'ombre des chapelles d'avant-garde et retourna, en 1926, en Hongrie où il allait renouer avec la tradition réaliste et classicisante du […]
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