2. Au cœur des drames de l'histoire
Auteur d'un journal de voyage, Oroszország (1934, Russie), où s'exprimait courageusement son intérêt sympathique pour l'expérience soviétique, et d'une Vie de Petőfi (1936), où le poète révolutionnaire était proposé en modèle à l'intelligentsia hongroise, Illyés poursuivit dès lors une carrière littéraire dont chaque manifestation prenait l'importance d'un acte politique (les traductions de son A francia költészet kincsesháza (1942, Trésor de la poésie française) furent accueillies comme une protestation contre l'impérialisme culturel des nazis) et, après avoir défendu, comme directeur de Magyar Csillag (1941-1944), l'héritage intellectuel et artistique de la grande revue occidentaliste Nyugat, il finit par descendre lui-même dans l'arène en devenant, lors de la Libération, député du parti paysan. Découragé cependant par la montée du jdanovisme, il abandonna la direction de la revue populiste Válasz (1946-1948) et se retira au bord du Balaton. Sa maison devint, avec le temps, un foyer accueillant pour ses amis, une sorte de salon de campagne où devaient être attirés notamment de nombreux poètes français, tels Paul Eluard, Eugène Guillevic, Pierre Emmanuel, et Illyés s'y consacra désormais à son œuvre écrite qu'il dota, entre 1952 et 1963, d'une importante dimension dramatique. Dans le cadre des grands conflits historiques, les personnages, destinés à illustrer le besoin de lier la cause de la révolution à celle du patriotisme – Ozorai példa (1965, L'Exemple d'Ozora) ; Fáklyaláng (1953, Flamme de torche) et, en 1956, Dózsa –, cédèrent la place, après 1956, à des héros comme Maximus Petronius du Favori (A kegyenc, 1963), présenté à Paris en 1965, dont les déchirements ont pour cause l'incompatibilité de la politique et de la morale.
Demeurer malgré tout présent sans défaillance à l'histoire, traduire les battements du cœur de la nation, en exprimer les élans révolutionnaires aussi bien que les crises de pessimisme, l'obstination dans la résistance et le désir […]
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