L'œuvre d'Endre Ady, issue d'une activité double de poète et de journaliste, est l'un des sommets de la littérature hongroise moderne. On y trouve résumée l'effervescence artistique, intellectuelle et politique qu'avait suscité la première grande génération du mouvement Nyugat (Occident). Suite ininterrompue d'examens de conscience à la fois individuels et nationaux, elle est le champ de bataille où viennent s'affronter, en un rituel sanglant, les forces mythiques qui animent et détruisent la vie. Ady est en effet le poète de tous les conflits et de toutes les brisures : visionnaire, prophète, ce fils de hobereaux calvinistes croyait à la prédestination et voulait que son âme fût « parabole » et sa vie « somme de milliers de vies ».
Cette ambition fut parfaitement réalisée, car Ady, avec une intuition prodigieuse, a su jeter le pont de multiples analogies entre ses déchirements personnels et ceux de son pays. Deux images se superposent et se confondent ainsi : celle de l'homme, héros tragique du vitalisme, génie orgueilleux engagé dans la quête désespérée du bonheur physique et métaphysique, et celle de la Hongrie divisée entre l'Orient et l'Occident, accablée par son passé féodal et tourmentée par son vouloir-vivre, dans l'atmosphère paralysante de la monarchie des Habsbourg.
Dans mon âme l'Arbre hongrois Et ses frondaisons succombent, tombent : Il faut que de même façon Je sombre en frondaison, floraison...
chante Ady, courbé sous la fatalité et touché par la poésie des Décadents découverte à Paris.
Mais ce poète maudit, ce « familier de la mort » comme il s'est nommé complaisamment, se sentait aussi « levain des temps » : il annonçait et appelait la révolution sociale après avoir provoqué, dès 1906, celle de la poésie hongroise. Tout était nouveau chez lui : thèmes, vision, langage, rythme et même la polémique, violente, qui secoua alors le monde des lettres passablement somnolent depuis des décennies. « Hercule malgré lui », Ady acceptait son destin, celui d'être le champ […]
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