Bien de son époque, celle des années 1930, le Hongrois Brassaï, artiste complet, est surtout reconnu comme un grand photographe, et célébré comme le maître de la vue nocturne.
Photographie, écriture, dessin, sculpture : l'artiste refuse toute spécialité. « Le problème, quand on a plusieurs dons, est de savoir lequel vous exprime le plus totalement », confie-t-il à Yves Bourde, dans Le Monde, en 1974. Tous ces moyens d'expression procèdent d'un même regard, d'une même vision. Ceux qui l'on connu ont souligné le caractère étrange de ses yeux, comme prêts à sortir de leurs orbites. Brassaï fixe l'évidence des choses et des formes, dans ce qu'elles ont de plus archaïque, de plus brut, comme une vérité crue.
1. Paris, la nuit et la photographie
Né Gyula Halász, en 1899 à Brassó, ville de Transylvanie alors hongroise (elle deviendra roumaine à la suite du traité de Trianon en 1920), l'artiste aura pour ville d'adoption Paris. Il y effectue un premier séjour en famille, en 1903-1904. Son père, professeur de littérature française, ayant obtenu un an de congé, y suit alors des cours à la Sorbonne. Le petit garçon en gardera un souvenir émerveillé, certainement entretenu par la passion de son père pour cette ville.
Après avoir servi dans l'armée austro-hongroise, en 1917-1918, le jeune homme fréquente l'Académie des beaux-arts de Budapest, et part pour Berlin en 1921. Il y côtoie un premier cercle d'artistes, où figurent Moholy-Nagy, Kandinsky et Kokoschka, et s'essaye au journalisme, tout en suivant de façon irrégulière des cours à l'Académie des beaux-arts de Charlottenburg. Il n'a pas prévu de devenir photographe, il veut être peintre.
En 1924, Gyula Halász s'installe à Paris, livrant des chroniques et des caricatures à des journaux français et étrangers. Il signe ces travaux alimentaires Gyula Brassaï (originaire de Brassó), et fera de ce seul nom son pseudonyme d'artiste. Pour répondre aux demandes de la presse illustrée alors en pleine expansion, il agrémente bientôt ses articles de photographies réalisée […]
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