La figure de l'Argentin Ernesto Guevara est aujourd'hui l'objet d'un mythe puissant dont la fabrication commença au lendemain même de sa mort. L'écrivain guatemaltèque Miguel Angel Asturias déclare, en recevant le prix Nobel de littérature en octobre 1967, que « Che Guevara représente l'une de nos grandes figures romantiques », tandis que Jean-Paul Sartre célèbre quelques jours plus tard « l'homme le plus complet de notre époque ». Tout au long des années 1960 et 1970, le Che – ainsi surnommé du fait de l'usage récurrent qu'il faisait de cette interjection argentine – est à la fois une icône de la jeunesse contestataire occidentale et une idole dans le Tiers Monde, où l'on célèbre son activisme révolutionnaire, son anti-impérialisme, sa volonté radicale de changement social ou sa remise en cause du modèle soviétique. Au début du xxie siècle, son nom est encore convoqué lorsqu'il s'agit de dénoncer la politique des États-Unis en Irak ou la mondialisation néo-libérale ; mise en scène par le cinéaste brésilien Walter Salles en 2004 dans Carnets de voyage, sa traversée de l'Amérique latine à motocyclette attire des millions de spectateurs dans le monde e […]
