Marin, chef de bande, condottiere égaré dans les affrontements de masse de la guerre moderne, de bonne heure engagé dans la lutte pour l'unité de l'Italie, républicain rallié après 1860 à la monarchie piémontaise, devenu à la fin de sa vie un véritable mythe que chercheront à récupérer plus tard aussi bien les fascistes que les antifascistes, Garibaldi occupe une place de tout premier plan dans l'histoire de l'Italie contemporaine. Mais au-delà de ce grand destin national se profile celui du « héros des deux mondes » : combattant inlassable au service de la liberté et de l'indépendance des peuples, et inspirateur d'une tradition interventionniste que perpétueront, longtemps après sa mort, les hommes en chemise rouge des « légions garibaldiennes ».
1. Le noir et le rouge (1807-1848)
Issu d'une famille relativement aisée de marins et de petits armateurs ligures installés à Nice au xviiie siècle, Giuseppe Garibaldi est né en 1807 dans cette ville devenue française en 1793. Domenico, son père, construit et répare les tartanes, tout en pratiquant lui-même le cabotage entre la Toscane et la Catalogne. Homme d'ordre, politiquement conservateur, bon catholique comme son épouse Rosa, il souscrit au projet conçu par cette dernière après le retour de Nice au royaume de Piémont-Sardaigne en 1814 : Giuseppe sera prêtre et, pour le préparer au séminaire, on choisit ses premiers précepteurs parmi les clercs, à l'exception de l'un d'entre eux, un certain Arena, qui lui enseigne l'italien et l'initie à l'histoire romaine. Est-ce sous son influence, ou simplement parce qu'il est rebelle à l'étude et attiré par une vocation maritime qui est de tradition chez les Garibaldi, toujours est-il que le jeune garçon se refuse à endosser l'habit ecclésiastique. À quinze ans, il s'embarque comme mousse pour Odessa à bord de La Costanza, un brigantin que commande un ami de son père.
Pendant une dizaine d'années, Garibaldi va bourlinguer autour de la Méditerranée et de la mer Noire, entrant en contact au cours de ses périples avec des groupes d'exilés politiques […]
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