2. Le poète de la louange à Dieu
Dès sa seizième année, Hopkins a écrit des vers et noté dans ses carnets intimes, avec un amour passionné du détail précis et inattendu, les couleurs, les formes, les sonorités des choses qu'il observe. Les mots aussi exercent sur lui, pour les mêmes raisons, une grande fascination ; leur timbre, leurs vibrations, leurs consonances, leurs multiples connotations, il les note comme un peintre pose des tons sur sa palette. Sensible à la singularité de chaque objet, il invente les mots inscape et instress pour traduire l'image originale et pleinement différenciée que tel arbre, telle fleur nous imposent, comme une marque ou un sceau qu'ils frappent en notre cœur. Il suivra ainsi l'appel d'Ignace de Loyola de retrouver Dieu en toute créature. Pour le poète, « le monde est chargé de la grandeur de Dieu ». Cette force jaillissante, l'homme d'aujourd'hui la peut trouver encore dans « l'herbe folle et les lieux incultes ». Et le prêtre s'écrie : « Qu'adviendrait-il du monde s'il se voyait ravir l'humidité et la sauvage nature ? »
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