C'est un étrange destin qu'a connu Gerard Hopkins. Nulle vie en apparence plus banale, plus mêlée au commun. L'homme ne fut apprécié que de rares amis et son œuvre poétique resta pratiquement ignorée de son vivant. Elle le demeura près de trente ans encore après sa mort, jusqu'à ce que son ami, le poète-lauréat Robert Bridges, dépositaire de ses poèmes, se décidât à les publier à la fin de la Première Guerre mondiale. De 1918 à 1930 seuls quelques initiés et amateurs éclairés s'y intéressèrent. À partir des années trente c'est enfin l'accès au grand public, la surprise, l'intérêt, l'émerveillement de toute la critique internationale. Il a fallu placer Hopkins parmi les grands poètes anglais du xixe siècle et parmi les plus grands poètes catholiques. Ses lettres, ses journaux intimes, ses sermons ont été publiés à la suite de ses poèmes. Sans être considérable, cette œuvre variée, originale n'a cessé depuis 1935 d'attirer les commentateurs du monde entier. Les poèmes, écrits dans une langue tendue, profondément enracinée dans l'anglo-saxon, ont longtemps défié les traducteurs. Il reste au poète à conquérir encore un vaste public, celui qui ne peut accéder directement aux richesses et aux difficultés particulièrement subtiles de la langue anglaise.
1. L'étudiant converti, le jésuite
Né à Londres dans une famille anglicane de bonne bourgeoisie (le père était assureur maritime), Hopkins fit de brillantes études qui le conduisirent à Oxford, où il fut boursier de Balliol College. Il semble destiné à une carrière de pasteur, de professeur ou de peintre, tant ses dons et ses goûts sont divers. Mais en 1865 une foi exigeante le fait renoncer aux ambiguïtés anglicanes (il appartenait à la tendance Haute-Église) et, le 21 octobre 1866, Newman reçoit sa conversion au catholicisme à l'Oratoire de Birmingham. Il passe ses examens universitaires avec brio, enseigne quelque temps à l'Oratoire auprès de Newman, puis se décide finalement, au printemps de 1868, à entrer dans la Compagnie […]
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