3. Reconstituer l'histoire
Pourtant, au terme de l'œuvre de Boas, il n'est point de catégorie de la totalité.
« La vie d'une société, écrit Boas, est faite par les individus qui agissent individuellement et collectivement dans la tradition où ils ont grandi, entourés par les produits de leur propre activité et ceux de leurs ancêtres... » Mais si Boas ajoute que « l'état de la société à un moment donné ne dépend pas de la somme des activités individuelles », il se défend d'établir des lois de développement. L'emploi du concept de fonction – avant même que Malinowski ou Radcliffe-Brown ne l'utilisent – ne fait pas de lui un fonctionnaliste, pas plus que l'étude du problème de diffusion un diffusionniste, et ce qu'il faut lire derrière le « pessimisme » de Boas, c'est l'échec d'une tentative à « saisir et exprimer » le vrai, « non seulement comme substance, mais aussi comme sujet » (Hegel). Écrire qu'« il y a toujours une différence essentielle entre un phénomène complexe qui a mûri historiquement et des lois scientifiques généralisées », c'est s'interdire de considérer l'activité culturelle de l'homme dont Boas a tenté de reconstituer la complexité, et non la totalité, autrement que comme substance. C'est toute l'ambiguïté de la volonté boasienne de « reconstituer l'histoire » ; et sans doute n'est-il pas de reconstitution possible de l'histoire sans création de l'histoire. On ne s'étonnera donc pas de découvrir dans les essais de Boas une sorte d'éthique des intentions pures et abstraites, quand même il essaie de rapporter ses travaux et ses réflexions à la « vie moderne ».
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