2. Culture et totalité
« Les théories de l'évolution culturelle ont été fondées sur la croyance en l'influence déterminante des causes spécifiques. Les plus importantes d'entre elles sont les théories du déterminisme géographique et du déterminisme économique », écrit Boas dans Anthropology and Modern Life et c'est là sans doute le cœur de la critique boasienne. S'il parle alors de culture, il est tout près d'y reconnaître la catégorie de la totalité – au sens lukacsien du mot – qui fonde l'anthropologie.
La foi du jeune Boas en un déterminisme géographique ne résiste pas à son premier séjour chez les Esquimaux. Le postulat selon lequel le même environnement produit les mêmes effets culturels se révèle insoutenable. L'environnement ne fait pas la culture. C'est, certes, rejeter toute idée selon laquelle il y aurait des tribus sans culture. Mais c'est encore tenter de définir l'activité humaine dans sa totalité que d'affirmer : « La présence de minerai de fer et de charbon ne crée pas des industries ; mais, lorsque la connaissance et l'usage de ces ressources sont acquis, les conditions géologiques exercent une influence sur le développement local. »
Dans sa critique du déterminisme économique, Boas souligne pareillement l'étroitesse des relations qui lient « la vie économique et toutes les autres sortes de manifestations culturelles ». Sa critique dès lors n'est pas éloignée de la lettre d'Engels à Bloch (2122 sept. 1890) où le premier se défend que Marx et lui-même aient fait du facteur économique un élément déterminant de la conception matérialiste de l'histoire : l'élément qui selon eux la détermine « en dernière instance est la production et la reproduction de la vie réelle ».
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



