4. La vraie universalité des lettres françaises
Plutôt que d'étudier les mouvements, les cénacles, les écoles, quand on fonce à l'essentiel, et qu'on aborde les grandes œuvres, les individus, la littérature française redevient une violente, une amusante foire du Trône, où la femme à barbe dialogue avec le nain qui épousa la femme-serpent, laquelle n'est jamais muette.
« Qui cherche à déterminer le caractère propre des lettres françaises comme à leur fixer un centre, songe d'abord au récit. » Brièveté, tension, économie de moyens, le récit convient en effet à l'une des voix du dialogue français : et sans doute est-il plus facile de parfaire deux cents pages que deux mille. Ce qui frapperait aussi et aussi fort, c'est que la littérature française propose et accomplit tous les genres, et que là réside, là vraiment, son universalité. Seule exception : rien chez nous qui corresponde au Kāma-sūtra ; la foi chrétienne s'y opposait : la notion de péché nous interdit l'érotique sacrée. Cette lacune exceptée, tous les genres sont chez nous illustrement illustrés, alors que plusieurs d'entre eux manquent dans certaines des plus grandes littératures. Point d'épopée en Chine, peu dans le monde arabe, ce que pourrait expliquer la théorie de Dumézil ; jusqu'à la fin du xixe siècle et l'influence italo-française qui lui donnera naissance, point de théâtre, ni comique, ni tragique, en pays de Sunna. Si le roman et le théâtre existent en Chine, on les y méprise. Vainement chercherez-vous l'histoire dans la littérature de l'Inde, et l'éloquence profane dans les pays qui n'ont pas joui des libertés parlementaires. Grâce aux libertés exceptionnelles dont bénéficia la France, ou plutôt qu'elle sut se conquérir, si l'on trouve l'éloquence sacrée, l'épopée, la tragédie, genres nobles et souvent au service des valeurs dominantes, l'histoire, les mémoires, les drames, les comédies, les romans, les nouvelles, les contes, qui présentent souvent de la société un tableau fort critique, ne sont pas moins respectés, du mo […]
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