5. Perspectives et prospective
Par un effet malencontreux de l'extrême liberté dont jouirent et jouissent les lettres françaises, on en vient à vendre des livres composés de pages blanches, ou de voyelles et de consonnes en vrac. D'autres se présentent comme jeux de cartes qu'à son gré bat le lecteur. Rassotés de scientisme, de linguistique mal digérée, beaucoup de vains écriveurs contemporains recherchent dans ce qu'ils baptisent l'« alittérature », l'« athéâtre », l'« acritique », l'« apoésie », un renouvellement de ce qu'ils considèrent comme une discipline périmée : les arts langagiers. À les en croire, dans nos mille ans de littérature, seul vaudrait le peu qui prépare le nouveau roman, la nouvelle critique, ces toquades, aussi fragiles que les précédentes : nous sommes quelques-uns encore qui entendîmes en Alexandrie un écrivain égyptien de langue française exposer fortement que Shakespeare, Eschyle, Plaute, Corneille, Lope de Vega, Schiller, Tchekhov, Goethe... ne se justifiaient que pour avoir préparé l'homme enfin en qui s'accomplissait toute la dramaturgie universelle, l'orateur : M. soi-même Cyril des Baux. Qui connaît aujourd'hui le nom – je ne dis pas l'œuvre, non, le nom – de celui qui, voilà vingt-cinq ans, professait ce solipsisme ?
Beaucoup plus féconde que l'alittérature contemporaine (colère d'enfant pourri-gâté), l'entreprise de l'Oulipo (« ouvroir de littérature potentielle »). À partir du groupe de mots qui se trouvent en facteur commun dans un sonnet de Brébeuf et un de Corneille, puis du groupe de mots qui ne sont pas facteurs communs, construire deux haikus de facture japonaise, l'un lyrique, l'autre ironique, c'est un exercice qui musclera l'esprit. Réussir à terminer tout un livre, et lisible, en refusant d'employer la lettre de beaucoup la plus fréquente en français, la voyelle e, c'est une gageure à ne pas risquer trop souvent, mais qui a produit quelques pages étonnantes, ou amusantes. Composant ingénieusement la structure identique d'un cer […]
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