Nous trouvons en Brokoff l'un des représentants les plus notables et les plus caractéristiques du baroque tchèque, et tout d'abord par son origine : il est en effet le fils de Johann Brokoff (1652-1718), modeste sculpteur sur bois dont le nom reste attaché à la célèbre statue de saint Jean Népomucène sur le pont Charles, à Prague. Johann est l'un de ces ouvriers d'art qui avaient maintenu les vieilles traditions artisanales à travers les malheurs de la Bohême, et Ferdinand Maximilien reçoit sa formation dans l'atelier de son père où travaille aussi son frère aîné Michael Johann Josef (1686-1721). La carrière de Ferdinand, assez brève, se déroule pratiquement à Prague. À peine âgé d'une vingtaine d'années, il prend la direction de l'atelier paternel et donne alors quelques-unes de ses œuvres les plus caractéristiques ; le musée de sculpture qu'est le pont Charles lui doit la splendide figure du Turc (1714) dit le « Turc de Prague » : dolman à fourrure, grosses moustaches, turban et large panse ; c'est un personnage quasi familier, traité dans cet esprit de réalisme vigoureux qui distingue Brokoff. Quelques années plus tard, il sculpte les Atlantes qui soutiennent le portail du palais Morzin ; point de figures mythologiques, ce sont deux nègres, aux muscles et aux veines gonflés par l'effort, les sourcils froncés et l'expression plus mécontente qu'accablée ; ils ont un petit air de fête avec leurs anneaux de plumes aux bras et aux jambes, et l'on dirait que la charge qui leur est imposée ne les importune que momentanément.
La puissance de la composition plastique, jointe à un fort accent réaliste et à une légère nuance d'humour, donne ainsi à Brokoff une position toute particulière dans le courant d'ensemble de la sculpture baroque. En effet, on trouverait difficilement un artiste chez qui se sentent mieux le passage et la transition entre art de cour et art populaire, si caractéristique de l'art baroque tchèque. Les statues en bois polychrome de l'église pragoise de Saint-Gall (env. 1720), par exemple la Madeleine ou le Saint Marc, appartiennent à la même veine : œuvres à la fois monumentales et simples, où la gesticulation théâtrale inspirée des lointains exemples romains devient comme le moyen naturel par lequel s'exprime une piété naïve.
Georges BRUNEL
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