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BRAUN MATHIAS BERNARD (1684-1738)

Mathias Bernard Braun est, avec Brokoff, dont il se trouve pratiquement le contemporain, le plus important sculpteur tchèque du premier tiers du xviiie siècle. Tyrolien d'origine, il s'installe à Prague autour de 1710, et il faut noter que son œuvre n'aura jamais la saveur populaire de celle de Brokoff. On connaît mal sa formation ; se fit-elle tout entière dans les ateliers de Salzbourg ou bien eut-il l'occasion de voyager en Italie ? Une statue comme le Saint Jude Thaddée (probablement 1712, Galerie nationale, Prague) semble présenter une forte réminiscence du Saint Longin que Bernin avait sculpté pour Saint-Pierre : la pose et le drapé sont analogues, avec quelque chose de plus cassé et de plus anguleux dans les plis chez Braun, dû probablement au fait que sa statue est en bois. C'est dans la Bohême orientale, à Kuks, que Braun réalise, entre 1720 et 1730, son œuvre la plus curieuse, décorant la façade de l'hospice de statues allégoriques des Vertus et des Vices et aménageant tout un secteur de forêt, dit la Crèche ou Bethléem, au moyen de sculptures monumentales taillées dans le rocher, à la manière des monstres de Bomarzo. Ce sont tantôt des reliefs, tantôt des figures isolées, formant une sorte d'immense théâtre pétrifié au milieu de la végétation qui l'envahit. Les petits modèles de Braun (Saint Pierre repentant, 1719, Galerie nationale, Prague, ou La Foi des mêmes années, également à la Galerie nationale de Prague) permettent de bien voir comment Braun recherche tout d'abord une espèce de puissance d'expression emphatique au moyen de silhouettes qui se tordent et de drapés quasi convulsifs. C'est un lieu commun des historiens tchèques de voir en Braun leur Bernin tandis que Brokoff serait leur Algarde ; le parallèle est, comme toujours, discutable, mais il est certain que Braun apporte en Bohême un expressionnisme violent qui lui confère une place spéciale dans son milieu d'adoption.

Georges BRUNEL

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